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Solhan n’est pas victime des terroristes seulement...

Cette attaque de djihadistes présumés à Sohlan avec un bilan lourd de plus de 160 morts intervient trois jours après une autre qui s’est déroulée dans la même région faisant 14 morts et deux semaines après une autre encore ayant fait 4 morts toujours dans le même secteur en plus de celles qui n’ont même pas été relayées dans les médias.

On continue à avoir un rapport arithmétique avec la tragédie, quand elle arrive on constate les dégâts et on compte les morts.

Comme d’habitude les autorités vont faire des déclarations du genre : « nous condamnons fortement ces actes barbares et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour rentre justice. » La pauvre promesse pour consoler ceux et celles qui font leur deuil.

Ces politiques de la réaction ne règlent et règleront jamais les problèmes car on s’offusque et se lamente face un acte terroriste mais on ne lutte pas contre le terrorisme. Le terrorisme, ce sont des idéologies et des modes opératoires bien pensés qui exigent plus que des réactions à chaud pour être contrecarrés.

La vérité toute crue c’est que si plus 600 enfants ont pu être kidnappés et portés disparus au Nigéria en espace de deux semaines, de surcroît première puissance militaire de la région, il faut bien s’attendre à pire dans les autres pays qui ne sont pas des États en vérité.

Le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad cumulent une population de 81 millions d’habitants parmi lesquels les 33 vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de1,90 dollars[1]. Bien qu’étant la première la première puissance économique de l’Afrique, le Nigéria compte paradoxalement 86,9 millions de personnes en situation d'extrême pauvreté, passant ainsi devant l'Inde qui en compte 73 millions.

Ces soi-disant États souverains ne peuvent naturellement pas avoir des armées fortes capables d’assurer l’intégrité territoriale de leur pays et cela donne naissance à des espaces non-gouvernés car l’État est absent ou est incapable d’assurer pleinement sa mission régalienne. Par conséquent, le fait est qu’à chaque fois qu’il y a des drames de ce genre, les forces de défense qui sont loin ou en sous-effectif, viennent comme des médecins après la mort constater les dégâts.

Le Sahel est une aubaine pour les terroristes car c’est un territoire vaste et vidé de toute puissance militaire et de pouvoir politique.

Aujourd’hui, au lieu de penser à avoir une grande puissance militaire régionale pour faire face à ce fléau, on disperse nos forces déjà faibles dans différentes initiatives de lutte contre le terrorisme avec les mêmes objectifs. Faisant face au même ennemi et à la même menace, je pense qu’il doit être évident de mutualiser les forces.


Un cumul de vide et une dispersion inutile des maigres moyens


Au niveau des politiques sécuritaires, les pays du Sahel font les mêmes erreurs que celles commises dans leurs expériences d’intégration. De la même manière qu’un pays fait plusieurs expériences d’intégration à la fois, on voit un pays être membre de plusieurs missions ayant les mêmes objectifs. Dans la région, on a la Force Multinationale Mixte (FMN). Mandaté par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine, elle est sous la direction politique de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT)[2]. La Force multinationale mixte est composée des pays de la CEDEAO (Bénin, Niger, Nigéria) et de la CEAC (Cameroun et Tchad). Elle a pour mission d’éliminer Boko Haram et de stabiliser les pays touchés. Parallèlement à ces opérations militaires, le Tchad, le Niger, le Burkina Faso, le Mali et la Mauritanie ont créé le cadre de coopération pour la sécurité et le développement, nommé « G5 Sahel ». Pour faire face à l’essaim de groupes de terroristes, le G5 Sahel a officiellement lancé en 2017 une « force conjointe » transfrontalière. Cette force conjointe est accompagnée par l’Alliance Sahel[3], lancée en 2017 par la France, l’Allemagne et l’Union européenne. Elle est désormais composée de 13 bailleurs et a été créée pour améliorer l’efficacité de l’aide au développement dans la zone et être l’interlocuteur du G5 sur les questions de développement.


On remarque que le Niger et le Tchad, comptés parmi les pays les plus touchés par le terrorisme, font partie du G5 Sahel, de la Commission du Bassin du Lac Tchad et aussi de la Force multinationale mixte. Sur les plans logistique, financier et humain, ils n’ont pas assez de moyens pour avoir leur force dispersée dans plusieurs opérations pour les mêmes objectifs. On ne voit pas un géant comme l’Algérie appuyer le G5 Sahel, et le Nigéria qui est affecté par Boko Haram se concentre sur la FMN et la CBLT. Ces politiques désarticulées calquées sur un enchevêtrement de projets ayant les mêmes desseins font de la région un cimetière de projets mal pensés et des soldats de la chair à canon. Triste !

On forme pour quoi ?


Les officiers à la tête de nos armées sont formés en France, en Allemagne, aux États-Unis, en Russie, j’en passe.

Un officier sénégalais formé en France connait mieux se déplacer sur une carte représentant les régions françaises qu’une autre, représentant Diakhao ou la Casamance où sévit une guérilla déjà vieille de plus de 30 ans.

Au Sénégal par exemple, pour un examen aussi stratégique que le Diplôme d’État-major (DEM), les officiers s’exercent et sont examinés sur des cartes qui ne représentent pas notre territoire alors qu’ils devaient être formés à être des stratèges d’abord sur des théâtres d’opération comme le Sahel.

On fait de la comédie sur un sujet de souveraineté comme la défense et on s’étonne de voir ce qui se passe à Sohlan.


La solution n’est pas seulement militaire, il nous fait la penser de manière englobante avec une gouvernance inclusive mais si on tâtonne avec les stratégies de défense, c’est amer de le dire, les épisodes sohlaniennes ne sont pas terminés.




[1] La Tribune Afrique, Sylvain Vidzraku, Le Nigeria en tête du classement mondial du taux d'extrême pauvreté, https://afrique.latribune.fr/ [2] La Commission du bassin du lac Tchad ou CBLT est une structure permanente de concertation mise en place en Afrique afin de coordonner les actions de différents états pouvant affecter les eaux du bassin du lac Tchad et régle pacifiquement les problèmes et différents affectant cette zone. La CBLT a vu le jour le 22 mai 1964. Elle regroupe notamment les pays riverains du Lac Tchad, à savoir : le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et la République centrafricaine. [3] France Diplomatie, La force conjointe G5 Sahel et l’Alliance Sahel, https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/securite-desarmement-et-nonproliferation/ terrorisme-l-action-internationale-de-la-france/l-action-de-la-france-au-sahel/article/la-forceconjointe- g5-sahel-et-l-alliance-sahel

 
 
 

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