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Points de tâtonnement...

Diriger un Etat, surtout un en crise, n’est pas un exercice de tir avec des cartouches de balles à blanc. Sur chaque décision, on joue sur du réel, et les maladresses sont fatales. Soldats, quand on dit « vu et prêt », c’est le feu qui suit, je ne vous apprends rien.

Où sommes-nous ? Les ingrédients sont réunis pour que la réponse soit la suivante : « nous sommes dans une fiction ». Une tentative de putsch contre des putschistes installés par un putsch. Tous les scénarios sont probables dans la vie d’un appareil aussi complexe que l’Etat mais celui-là était loin d’être imaginable.

Selon le porte-parole du gouvernement de transition, le Mali aurait déjoué une tentative de coup d’État dans la nuit du 11 au 12 mais 2022. Cet épisode se déroule 18 mois après le coup d’État qui a renversé Ibrahim Boubacar Keita et 12 mois après celui qui a destitué le président Bah N'Daw et le Premier ministre, Moctar Ouane. Le colonel Assimi Goïta, alors commandant des forces spéciales assure depuis lors, la présidence de la transition.

Au Mali comme en Guinée, nous avons assisté à ces coups de force des officiers qui prennent le pouvoir, pas mal adulés au début, par un peuple nostalgique qui verrait en eux les Sankara du XXIe siècle. Même si les intentions sont belles au départ, ces soldats formés pour les armes, je m’excuse pour la redondance, ne sont-ils pas en train de montrer leurs lacunes sur le terrain de la gestion de l’État ?

Des transitions ? Autant dire des mandats…

Dès les premières semaines, le Colonel Doumbouya a gagné des tickets de sympathie en faisant le grand ménage et dans l’armée et dans l’administration publique. Toutefois, dans la volonté de « refonder l’État » entre assises nationales et esquisses de feuille de route, le Colonel en est arrivé à dessiner un plan de transition de 39 mois. Au Mali, après les Assises nationales de la refondation, la junte a proposé une transition allant de 6 mois à 5 ans. Ces chefs d’État avec des barrettes ont justifié leur choix par l’énormité des chantiers, la grandeur des réformes, ou même la situation sécuritaire. Toutefois, ce n’est pas le rôle d’une transition de refonder un État ou de réarranger les textes. Même si leur intention vise le salut du peuple, leur rôle consiste principalement à assurer l’organisation d’élections libres et transparentes afin d’installer un pouvoir civil accepté pour les populations.

Il semblerait que, même avec les sanctions de la CEDEAO, ces officiers se considèreraient comme les incontournables messies de leur peuple.

Mettre fin à la servitude au lieu de changer juste la direction de la main tendue

Il est tout à fait légitime pour les populations comme pour les leaders de réclamer plus de justice et d’équité dans les rapports que nos pays entretiennent avec les grandes puissances. Chasser la France pour prêter allégeance à la Russie, c’est sanctionner une relation déséquilibrée pour en nouer une autre qui l’est tout autant. Nous ne cherchons pas à passer d’un babysitter à un autre, l’un buvant le biberon, l’autre volant les couches.

On sait déjà ce que l’on reproche à la France mais l’objectif de chacun de nos pays est de parvenir à nouer des alliances stratégiques qui permettent de tirer notre foufou de la cuisine.

On dirait beaucoup de choses hideuses contre la France, mais la Russie aussi est en train de faire l’Afrique son marché pour son industrie d’armements et un terrain pour envoyer des mercenaires qui leur permettent de dégager toutes leurs responsabilités en cas de violation des droits humains, de crime de guerre, etc. De même, la Chine a fait de l’Afrique le territoire pour élargir ses usines. Les ouvriers travaillent dans des conditions exécrables parfois sans contrats, et des salaires très bas. Il ne s’agit pas pour nous de montrer la face ignoble des autres pour disculper la France, loin de là, nous montrons juste que tous ces pays qui nous font les yeux doux sont là pour leurs intérêts, et nos colonels doivent retenir la leçon afin de collaborer avec n’importe quel acteur tout en protégeant les intérêts de nos pays.

Quitter le G5, la maladresse de trop

Ce 15 mai, le Mali a annoncé sa sortie du G5 Sahel et la principale raison est que la présidence qui lui revient cette année lui a été refusée. En toute logique, la présidence d’une institution pareille n’est pas que symbolique, donc, on ne peut pas la confier à un pays dirigé par un pouvoir de transition. Le risque est grand de confier des dossiers sensibles à un pouvoir instable, en train de purger une sanction de la CEDEAO de surcroît.

Après l’annonce du retrait des forces Barkhane et Takuba, l’un des derniers remparts du Mali était le G5 Sahel. La réponse militaire depuis 2012 n’a pas mis fin aux hostilités, mais elle reste encore une force dissuasive dont on a besoin.

Qu’on ne se voile pas le treillis, le Mali n’a pas une armée pour faire face à cette menace asymétrique et protéger son immense territoire où on constate déjà des espaces où l’Etat est absent.


On ne dirige pas un État à coup de tâtons, on est loin d’être dans la simulation d’un exercice de combat. Ces hommes en uniforme ont voulu délivrer leur peuple de ceux qui les tenaient en otage avec la ficelle des constitutions taillées, rapiécées, maquillées. Mais ils doivent sortir par la grande porte, garder leur titre de héros en proposant des transitions courtes, apaisées. Ceux qui seront démocratiquement élus auront la tâche de refonder, de réformer, de réconcilier, de faire le ménage, de repenser les alliances, de reconsidérer les urgences, et de mettre au centre de tout, les populations.

Chers officiers, nous vous voulons plus stratèges que cela. La consigne est donnée, la manœuvre continue…



 
 
 

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